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L'intégration des SIH à la stratégie de l'établissement est perfectible (Communiqué)

HOSPIMEDIA , LUNDI 07 JUILLET 2014 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Les conclusions de l'audit mené par l'Anap sur les systèmes d'information hospitaliers de treize établissements de santé viennent d'être rendues. Si elles mettent en avant la maturité atteinte, elles pointent aussi les progrès restants. L'audit a aussi permis d'identifier les quatre déterminants de réussite et trois pistes de travail.

L'Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) vient de publier ce 3 juillet les conclusions de son rapport d'audit des systèmes d'information hospitaliers (SIH), conduit à la demande de la DGOS dans le but d'identifier les déterminants principaux de la réussite ou de l'échec de l'usage des SI, mais aussi d'alimenter la stratégie nationale d'appui au développement des SIH. Mené auprès de treize établissements de santé* représentatifs des situations de complexité du système induit par le degré de spécialisation de l'établissement, cet audit dresse un état des lieux de la situation actuelle des SIH et, fort de ses constats, propose trois pistes de travail (lire encadré) : renforcer les capacités des maîtrises d'ouvrage et préparer les établissements à s'intégrer au parcours du patient ; favoriser l'adéquation entre l'offre et la demande ; renforcer l'action publique en faveur du développement des SIH.

Une place progressive mais encore perfectible

L'audit a permis de constater que les SIH trouvent progressivement une place dans la stratégie de l'établissement, les directeurs prenant de plus en plus conscience de l'effet levier de ce système pour réussir à atteindre les objectifs fixés dans cette stratégie. Pour autant, des progrès sont encore à faire pour qu'ils y trouvent "définitivement" leur place. En effet, le SIH est encore perçu comme "un risque dans l'exécution des actions définis dans le projet d'établissement", l'élaboration du projet médical se fait encore trop souvent sans le directeur des SI, des asymétries existent entre les objectifs du SI et les moyens alloués et la faible connaissance des directeurs des capacités du SIH "ne leur permet pas de construire leur stratégie d'établissement en tirant tous les bénéfices possibles du SI". Enfin, est-il souligné dans le rapport, les principes de la gouvernance sont acquis avec la mise en place d'instances de pilotage structurées "mais ayant des rôles et des capacités de décision hétérogènes".

Quelques chiffres

  • Entre 1,6 et 2,15 milliards d'euros (Md€) pour le marché des technologies de l'information et de la communication (Tic) en santé à l'exclusion de la télémédecine,
  • Environ 425 millions d'euros (M€) la part de l'édition de logiciel dans ce marché,
  • Entre 20 000 et 30 000 personnes sont employées dans cette filière,
  • Environ 950 M€ le montant de la dépense informatique externe des établissements de santé dont 70% issus des établissements publics,
  • 1,2 Md€ la part des dépenses informatiques des établissements,
  • Plus de 300 éditeurs sont présents sur le marché des logiciels SIH,
  • 25% des budgets informatiques des établissements sont consacrés à de nouveaux projets,
  • 5 ans est le temps nécessaire en moyenne pour déployer un dossier patient informatisé (DPI) dans un établissement de 400 lits,
  • Entre 40 et 350 applications ont été relevées lors de l'audit des treize établissements

Manque de professionnalisation

Pour les auteurs du rapport, "un premier palier de maturité a été atteint par les directions des SI (DSI) en termes de management du SIH". Les investissements importants réalisés pour consolider ou construire l'infrastructure, permettant d'assurer l'informatisation de la production de soins, ont été accompagnés par un renforcement des compétences techniques des DSI. Aussi, pour assumer la charge de travail liée à cette gestion technique, les services informatiques "se sont structurés et professionnalisés". En ce sens, les DSI sont composées à 90% de techniciens mobilisés par les interventions techniques. À l'inverse, elles se retrouvent "trop souvent démunies pour gérer et piloter les projets en lien avec les professionnels métiers et les industriels". En outre, est-il souligné, la gestion des compétences au sein de la DSI reste "très peu formalisée, encore moins en lien avec la DRH de l'établissement". Au final, la DSI est encore "trop souvent composée comme un service technique informatique, éloigné du métier et peu en capacité d'apporter un support efficace à la stratégie de l'établissement". L'Anap a constaté que les processus métiers audités sont "diversement maîtrisés par les établissements". Si le circuit du médicament est globalement bien géré, la facturation rencontre trois écueils (saisie des actes et des diagnostics par les professionnels médicaux, manque d'interopérabilité et de flexibilité fonctionnelle) tandis que le pilotage médico-économique n'est pas traduit de manière homogène entre les établissements.

Quatre déterminants à succès

Lors de l'audit, il a été constaté que les projets menés avec succès ont actionné quatre déterminants : la stratégie ; les hommes et les organisations ; les logiciels et l'interopérabilité ; et enfin les méthodes. Ainsi, "plus le niveau de maturité de l'établissement est important sur chaque axe, plus le SIH est en capacité de contribuer à la performance de l'établissement". Et certains leviers contribuent à cette maturité comme la pression réglementaire, qui influe sur la stratégie SI ou encore le renforcement des compétences et l'acquisition de connaissances. Les auditeurs ont noté que la maturité de la stratégie se traduit par une intégration "systématique du sujet SIH" dans tous les projets mais aussi une gestion rigoureuse et flexible des projets palliant les imprévus. Il convient donc, dans ce cadre, d'aligner la stratégie SIH avec la stratégie de l'établissement, d'impliquer le directeur et d'adopter une tactique de déploiement des projets.

En ce qui concerne les hommes et les organisations, il faut mobiliser les ressources nécessaires au projet et responsabiliser les chefs de services et de pôles, anticiper les besoins en compétences au sein de la DSI et rapprocher les directions de domaines de compétences proches. La maturité des logiciels et de l'interopérabilité se met en œuvre par une vision urbanisée du SIH qui passe par un choix de logiciels en fonction des organisations et de leur capacité à se transformer et l'instauration d'un dialogue client-fournisseur. Enfin, les actions efficaces pour parvenir à une maturité de la méthode sont la formalisation des processus métiers, la prise de temps pour cadrer les projets, le pilotage de projets par la valeur et par portefeuilles, le rythme donné au déploiement et la mise en place d'une réelle démarche de conduite au changement.

Géraldine Tribault | Hospimedia

* Les établissements audités sont : Centre chirurgical Marie-Lannelongue (Espic) du Plessis-Robinson, CH de Dunkerque, CH de Cannes, CHI de Fréjus, CH de Chalon-sur-Saône, clinique Pasteur d'Évreux (privé), CHI de Haute-Comté, groupe hospitalier de l'Institut catholique de Lille (Espic), CH Bretagne-Sud de Lorient, CHU de Toulouse, polyclinique Saint-Roch de Montpellier (privé), Hospices civils de Lyon (HCL) et CHU d'Angers. 

Les trois pistes de travail

Le rapport d'audit de l'Anap propose trois axes de travail identifiés regroupant les actions visant à renforcer les capacités des établissements en maîtrise d'ouvrage des SI, les actions de structuration de l'offre de SIH et les actions visant à renforcer l'action publique.

Axe 1 : renforcer les capacités des maîtrises d'ouvrage et préparer les établissements à s'intégrer au parcours du patient :
-Renforcer l'intégration de la stratégie de l'établissement dans l'évolution du SI,
-Développer les compétences en maîtrise d'ouvrage du SI,
-Préparer l'ouverture des SI des établissements sur le territoire, en préservant la stabilité de leur trajectoire d'évolution.

Axe 2 : favoriser l'adéquation entre l'offre et la demande :
-Conforter les travaux d'interopérabilité et accélérer leur diffusion et prise en compte par les éditeurs,
-Améliorer la lisibilité du calendrier des livraisons applicatives,
-Consolider, voire construire, un dialogue efficace entre clients et fournisseurs.

Axe 3 : renforcer l'action publique en faveur du développement des SIH :
-Accélérer le déploiement des grandes infrastructures partagées et de l'interopérabilité,
-Assurer la pérennité des données de santé en créant les conditions de création et de gestion des données de santé de manière neutre et à valeur probante,
-Créer les conditions de comparaison et améliorer la visibilité des SIH français à l'international.
G.T.
 




 

 

 

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