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L'art de la mémoire

Cédric Cartau, VENDREDI 27 FéVRIER 2015 Soyez le premier à réagir1 réactions

Numérisation des bibliothèques, des plans de ville, du Web : non content de s'arrêter là, Google lance son moteur de recherche santé, qui a pour ambition de répondre à des questions médicales via des recherches dédiées. Certes on imagine facilement les limites du système, qui – par définition – ne peut pas se livrer à un examen clinique en bonne et due forme sur l'internaute : palpation, prise de tension, examen de la sphère ORL, etc. Quoiqu'avec l'avènement annoncé des objets connectés notamment dans le domaine du self-quantifying, il ne faille jurer de rien.

Cela étant, est-ce un mal ou un bien ? La pratique médicale va-t-elle en être bouleversée ? N'y aurait-il pas des dérives et une incitation claire aux hypocondriaques ? Ne faut-il pas interdire ce genre de sites ? Il nous semble que ces questions sont tout simplement hors sujet.

Toute l'histoire de la connaissance tend vers la diffusion de masse. Pour nous, qui avons été bercés par l'énoncé des grands théorèmes de mathématiques – Thalès, Pythagore – la question de leur diffusion ne s'est jamais posée, d'autant que notre système de notation est universel : un écolier de Pékin pourrait facilement faire une démonstration géométrique à un écolier Parisien, sans qu'aucun des deux ne comprennent un traître mot de la langue de l'autre. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

L'uniformisation de la notation en mathématiques date de la renaissance et a pris des siècles. Dans l'antiquité et au moyen âge, les rares mathématiciens gardaient jalousement leurs techniques de calcul : il faut dire qu'à l'époque pour beaucoup c'était leur gagne-pain, qui leur permettait d'être en vue dans les cours royales et ainsi obtenir des subsides du monarque local féru de science. Les premières universités européennes étaient extrêmement sombres, pas seulement par manque de bougies mais surtout pour empêcher les étudiants de prendre des notes. Pline l'ancien s'inquiétait de la diffusion des livres, qui allaient abrutir les esprits et nul doute que les grandes abbayes ont vu Gutenberg d'un sale œil : on raconte qu'une reine de France a payé, pour acquérir un seul de ces précieux manuscrit, un troupeau de 200 moutons !

Dans son ouvrage mainte fois réédité « L'art de la mémoire », France Yates retrace l'histoire des techniques de mnémotechnie depuis l'antiquité jusqu'à la renaissance. Conversion lettres et chiffres, palais mentaux, autant de trucs et astuces qui permettent à certains de retenir plusieurs milliers de décimales de Pi (« Que j'aime apprendre ce nombre utile aux sages... »), l'Ancien Testament ou la table périodique de Mendeleïev. L'époque a changé et il importe plus de savoir utiliser les outils pour retrouver une donnée que de la connaître par cœur.

Est-ce un mal ou un bien que Google s'aventure dans le médical ? La question n'a pas d'intérêt. La vraie question est : que diable allons-nous pouvoir faire avec ce nouvel outil ?

clinique


1 réaction(s) à l'article L'art de la mémoire

#2

Encore un moyen supplémentaire pour Google de récupérer des informations sur ses utilisateurs.
Si cela s'arrête à la simple recherche, c'est peut-être moindre mal, l'utilisateur se verra proposer des publicités associées à ses recherches comme c'est le cas aujourd'hui, mais si tout cela et associé a des objets connectés récupérant des constantes et données "médicales" (enregistrements du rythme cardiaque, tension artérielle taux de glucose... j'en passe et des meilleurs) quand on sait que le taux de confidentialité d'un compte Google est proche de zéro, on peut s'interroger sur la confidentialité et le devenir de ses informations.
Il en est de même avec les objets connectés proposés aujourd'hui, où vont les informations ? dans des pays étrangers où les lois sont différentes ? sûrement pas chez des hébergeurs agréés HDS.
Le smartphone non plus n'est pas la meilleure source de confidentialité.
Sous le prétexte de la prévention, et parfois de la réduction du prix des mutuelles, ces informations peuvent servir a bien d'autres choses surtout si la santé du patient est sur le déclin.


Message posté par Charles BLANC ROLIN (Déconnecté) le samedi 28 février 2015 à 08:58:43 en réponse au message n°#1 REPONDRE