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GHT et DSI : la fausse bonne idée des économies d’échelle

Cédric Cartau, LUNDI 22 FéVRIER 2016 Soyez le premier à réagir2 réactions

Du projet de loi à la loi votée, de rumeurs en réactions semi-officielles de certains groupes d’intérêt, les choses bougent pas mal côté GHT ces derniers temps. Dernier épisode en date, un projet de décret à moitié confidentiel (il circulait déjà sous le manteau plusieurs jours avant sa diffusion) vient préciser ce qui doit être entendu par « SIH convergent », en l’occurrence une brique logicielle unique supportant un processus métier, et ce avant 2020.

Dans la catégorie des questions qui ne vont pas manquer d’être soulevées, il y a bien entendu celle du financement. Lorsqu’un progiciel métier d’un établissement A va devoir être acquis pour l’établissement B (qui va devoir abandonner quant à lui son propre progiciel métier), l’opération a un coût : licence, prestations de services, chefferie de projet interne, déploiement, formation, etc. (à ce propos d’ailleurs, personne ne sait à ce jour comment va être réglée la question de la mise en concurrence et du respect du code des marchés publics). Mais qui va payer ? Sur quels budgets ? Ce coût sera-t-il financé par les ARS (on en doute) ? Par le ministère (on en doute aussi) ? Ou par des redéploiements de moyens ?

Prenons l’exemple d’un CHU de 10 000 agents qui créerait un GHT avec plusieurs établissements de plus petite taille, dont (par exemple) un CH de 1 500 agents. Une DSI de 100 personnes serait alors fusionnée avec une de 15 personnes. À ce stade, on voit briller les yeux du DRH qui songe tout de suite aux 15 ETP récupérés. Pas si vite, pas si vite… Seules trois fonctions peuvent être facilement mutualisées : le centre d’appels, les équipes de gestion de parc de terminaux et les équipes d’infrastructure. Pour les équipes de gestion de parc, première mauvaise nouvelle : aucune économie d’échelle à attendre dans la mesure où un second CH, c’est un second site, du stock local, etc. Au mieux la fonction pourra être externalisée (ce qu’elle est déjà dans la plupart des CHU) mais, même dans ce cas, le coût est une fonction linéaire de la taille du parc, donc économie zéro.

Seule (petite) bonne nouvelle : infrastructures et centre d’appels sont des bons candidats aux économies, mais la somme des deux représente rarement plus de la moitié des effectifs du CH (soit 7,5 personnes dans notre exemple) et bien entendu il faudra tout de même consacrer une partie de ces équipes pour absorber le surcroît de travail, admettons la moitié, soit environ 3,5 personnes. Au final, l’économie représente 4 personnes, sur un effectif total de 115 : la belle affaire !

Quand on sait que le déploiement d’un seul progiciel métier dans un domaine un peu complexe tel que les RH va mobiliser au moins ce même chiffre de 4 personnes pendant deux à trois années (au mieux), que la seule généralisation d’un DPI peut réclamer des dizaines de personnes sur un temps encore plus long, et que le nombre de champs fonctionnels à couvrir est assez vaste (pharmacie, imagerie, biologie, finances, etc.), la seule idée qu’il serait possible d’économiser de la masse salariale sur les DSI fait sourire, quand ce n’est pas franchement rire aux éclats, tous les informaticiens hospitaliers de ce pays. 

Un dernier chiffre : la moyenne des budgets d’exploitation des DSI de CHU tourne aux alentours de 2 % (les estimations varient selon ce qui y est inclus), quand celle des CH tourne plutôt autour de 1,5 %. Le simple fait d’aligner, dans notre exemple, le CH sur le niveau du CHU conduirait à recruter 5 agents à la DSI. Et si maintenant nous faisons la comparaison avec les pays plus avancés que le nôtre en informatique de santé et qui consacrent entre 3 % et 4 % à la DSI pour atteindre le niveau 6 ou 7 de HIMSS, dans notre exemple et toutes choses étant égales par ailleurs, il nous faudrait passer d’un effectif de 115 ETP à un effectif de 180 ETP au minimum.

Où trouver les sous ? Dans la mutualisation des processus métiers qui sont supportés par le SIH. Deux DRH, c’est une de trop, et là les économies d’échelle dans la mutualisation des bulletins de salaire ou de la gestion des carrières sont immédiates. Deux directions des finances, idem. Et pour ceux qui sont encore dubitatifs, dans quel monde ou dans quel secteur de l’industrie ou du tertiaire trouve-t-on deux filiales d’un même groupe, distantes de 30 kilomètres, disposant encore chacune de leur DRH ou de leur DAF ? Aucun. Et dans quel secteur les budgets des DSI baissent-ils ?
Aucun.

Cédric Cartau
cedric@cartau.net

dsi, chu, progiciel


2 réaction(s) à l'article GHT et DSI : la fausse bonne idée des économies d’échelle

#2

Content de voir que tu perçois les choses comme ça toi aussi !!!

Nous avons bien été bernés par les termes "communiquant" "interopérables" "convergent".

La brique logicielle doit être unique, mais en plus de ça le décret précise que l'ensemble doit être hébergé sur une infrastructure unique, celle de l'établissement "support" !

Il faut garder à l'esprit que la constitution d'un GHT ne dispense pas de la "certification / agrément" Hébergeur Données de Santé pour héberger les données d'un autre établissement, je ne suis pas certain que tous les établissements "support" puissent y prétendre.



Pour en revenir aux conséquences, non seulement nous ne ferons pas d'économies, mais de plus la qualité du support pour les utilisateurs va décroitre.

Des praticiens qui se plaignent déjà des tâches "administratives" qu'ils sont obligés d'effectuer avec l'outil informatique perdront encore plus de temps en cas de besoin de support et au final, tout ce temps perdu sera en défaveur du PATIENT !

https://www.linkedin.com/pulse/projet-de-d%C3%A9cret-ght-quel-avenir-pour-le-sih-la-des-blanc-rolin


Message posté par Charles BLANC ROLIN (Déconnecté) le lundi 22 février 2016 à 14:14:35 en réponse au message n°#1 REPONDRE
#3

Cher Monsieur,

Vous posez publiquement les questions que nombre d'entres nous se posent également, et je vous félicite pour cet article. Nous attendons les réponses "officielles" lors de la parution du décret définitif.

Nous sommes surpris du projet d'un système d'information "unique" tel que vous le décrivez car nous ne pensons pas que TOUS les hôpitaux peuvent remplacer d'ici fin 2020 leur propre solution par la solution de l'hôpital support.

Il existe de vraies alternatives à cela, des solutions qui permettent de garder l'outil métier de l'utilisateur locale, donc de ne pas le remplacer, et le tout de manière très "standardisée" proposée par l'initiative internationale IHE (Integrating the Healthcare Enterprise) comme par exemple les infrastructure XDS qui permettent l'échange et le partage de données médicales...

Bien à vous,

Raphael Durand
Pour Forcare France


Message posté par 420511 (Déconnecté) le jeudi 25 février 2016 à 09:45:33 en réponse au message n°#1 REPONDRE