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Au fait, c’est quoi une DSI ?

Cédric Cartau, LUNDI 07 NOVEMBRE 2016 Soyez le premier à réagir2 réactions

Posée comme cela, la question peut paraître étrange, mais pas tant que ça en fait. Par exemple, demandez à un agent lambda à quoi sert une DRH, vous obtiendrez tout un spectre de réponses allant de « ça sert à payer les gens » à « ça sert à gérer la carrière des agents », voire « cela sert à gérer la relation contractuelle entre les agents et l’entreprise », cette dernière réponse étant du reste la bonne. La même question se pose pour une DSI (à quoi cela peut-il bien servir ?). Elle peut être posée à la fois aux informaticiens et à la direction générale, et la réponse en dit long sur le niveau de maturité des uns comme des autres au regard du critère SI.

Un petit voyage dans le passé, et vous voilà propulsé au Moyen Âge, sur le chantier de construction d’une cathédrale. Là, vous croisez trois tailleurs de pierre, installés les uns à côté des autres à taper sur leur bloc de granite, et vous demandez à chacun ce qu’il fait. Le premier vous répond qu’il casse des cailloux toute la journée en plein soleil et que c’est épuisant. Le deuxième vous répond qu’il taille un bloc de pierre qui servira à construire le mur juste en face de lui. Le troisième quant à lui vous répond : « Moi monsieur, je construis une cathédrale. » Déroulement de la même approche pour une DSI.

Posée à une direction générale, la question appelle trois types de réponse[1]. La DSI peut être vue comme le service qui installe les PC et les logiciels, et alors la vision institutionnelle est celle d’une DSI « Fnac », forcément vue comme un centre de coûts et un mal nécessaire, ou pire, vécue comme inutile. La DSI peut être au contraire vue comme le service qui informatise les processus métier : à ce stade on est un peu plus haut de gamme, mais on reste dans une vision centre de coûts. Enfin la DSI peut être vue comme le service qui fait réaliser des gains de productivité aux métiers, et à ce stade évolué tout débat sur le budget à affecter à une DSI ne se pose pas hors du contexte ROI. Dans mon expérience, forcément limitée, peu de DG sont au troisième stade, comme le démontrent les débats internes sur les budgets SI, qui sont la plupart du temps décorrélés de la question du ROI, ce qui est une anomalie grave.

Mais posée aux informaticiens eux-mêmes, la question appelle des réponses qui donnent à réfléchir. Dans beaucoup de cas, les informaticiens (ou leur chef, c’est selon) ont une vision technico-centrée de leur métier : installer des logiciels, déployer des PC, etc. Le travers le plus fréquent est de croire que la technique est au centre de tout le débat. J’ai croisé un jour un technicien système qui soutenait, devant moi, à un directeur, qu’il n’y avait pas d’accès Internet au CHU : lui montrant mon PC et mon Google dans mon navigateur, je lui dis : « Et ça, n’est-ce pas un accès Internet ? » Il me rétorqua que je passais par un proxy et que je jouais sur les mots. Vision technique dans l’informatique, alors que l’utilisateur n’en a que faire des histoires de proxy. Seul compte l’usage – donc la valeur ajoutée apportée par l’outil –, et c’est là la deuxième vision technique d’une DSI, apporter de la valeur aux métiers. Pas mal de DSI sont à ce stade, trop peu à mon goût pourtant. Et puis il y a la dernière vision, celle d’une direction orientée service et production d’énergie numérique, implémentant les notions de front office et de back office, et parlant industriel dans le texte : processus de production, goulots d’étranglement dans la chaîne de production de l’énergie numérique, lean management appliqué à l’IT, théorie des contraintes, etc.

Les informaticiens se plaignent souvent, à qui veut les entendre, que les décideurs ne comprennent rien à la chose informatique. Étrange argument, peu développé dans d’autres spécialités techniques telles que le BTP, la mécanique, la logistique, etc. Dans toutes les DSI que j’ai pu côtoyer, l’excellence technique au sein d’une DSI est l’alpha et l’oméga de l’appréciation des pairs : être ingénieur système spécialiste Unix vous place d’emblée au sommet de la chaîne alimentaire. Dans une vision orientée technique, ce sont les équipes au contact de l’utilisateur (celui qui paye de facto) qui doivent avoir le pouvoir, car ce sont eux qui sont les seuls à même de qualifier la valeur apportée par le SI, les gaspillages générés ou évités (vision lean) et les dérapages de plannings projets (en particulier leurs impacts sur les métiers, vision contraintes).

En d’autres termes, ces DSI n’ont pas fait leur révolution copernicienne : elles croient toujours que le monde tourne autour de la technique, alors que c’est la technique qui doit tourner autour du monde.

 


[1]   Alignement stratégique. ,Synchroniser les systèmes d’information avec les trajectoires et manœuvres des entreprises, Éric Fimbel, Village mondial, 2007.

dsi, production, bloc, numérique, logiciels


2 réaction(s) à l'article Au fait, c’est quoi une DSI ?

#2

Dans votre expérience, "forcément limitée", je déplore que vous ayez rencontré que des DSI ou l'unique excellence technique est mise sur un piédestal. Nous n'avons pas côtoyé les mêmes milieux car bon nombre de mes collègues ont une vision toute autre et savent pertinemment que cette mise en avant technique, même si elle est essentielle, n'est pas la principale préoccupation des DSI. Au contraire, la vision, l'objectif qui sous tend tout projet est la recherche de l'amélioration, de la simplification, de l'automatisation des pratiques de tout agent de l'hôpital et non pas de déployer une ferme de 25 serveurs scalables en haute disponibilité.
Quand on déploie une application au regard d'un besoin d'un des acteurs de l'hôpital, notre souci 1er n'est pas de savoir si les Tablespace ont bien été dimensionnés, mais de savoir si les utilisateurs sont satisfaits et comment on peut aménager, paramétrer cet outil pour qu'il soit plus simple et plus efficace pour l'utilisateur.
Lorsqu'un anesthésiste me demande d'informatiser son travail, je ne regarde pas en 1er si l'outil que l'on va choisir tourne sur telle base de données ou sur tel système, mais si ses fonctionnalités sont en rapport avec la demande. Et le choix de l'outil ce n'est pas la DSI qui le fait, mais c'est l'utilisateur final qui va le faire après avoir visité d'autres CH, interrogé des collègues.. J'aime bien que dans une DSI on gère un service informatique, car le mot le plus important est service. On est un service qui rend service à l'utilisateur, nous sommes au service de l'utilisateur, pas de la machine. L'avenir de notre profession dans les hôpitaux ce n'est bien entendu pas la technique que l'on déploie mais bien le service que l'on rend. Et très certainement, dans un avenir relativement proche, la technique en local on en déploiera plus maison louera cette technique aux Hébergeurs de santé. Alors heureusement que nous avons fait notre révolution copernicienne, je dirais même qu'elle date un peu cette révolution.
Hasta siempre !


Message posté par DGobin (Déconnecté) le mercredi 30 novembre 2016 à 13:56:57 en réponse au message n°#1 REPONDRE
#3

C'est drôle, toutes les DSI que j'ai pu auditeur pensent cela d'elles-même !
Et au passage oublient un léger détail : c'est la MOA qui juge la MOE, pas la MOE qui s'auto-juge.
Mais bon, il faut garder l'esprit ouvert : peut-être que sur les centaines de DSI d'hôpitaux grands et petits il y a effectivement des exceptions à mon article...et peut-être que le CH de Manosque en fait partie.


Message posté par wilbur (Déconnecté) le jeudi 01 décembre 2016 à 16:44:30 en réponse au message n°#2 REPONDRE