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La « transformation digitale » me fait saigner les tympans

Charles Blanc-Rolin , MARDI 14 NOVEMBRE 2017 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il est de plus en plus difficile d’entendre parler de « transformation digitale », de « fichiers cryptés » ou encore « du dark net ».

Un langage imprécis modifie complètement le sens d’une phrase, et ceci est d’autant plus vrai dans un domaine aussi technique et complexe que celui des SI.
Alors, pour bien se faire comprendre, il est indispensable d’utiliser un vocabulaire adapté.

Numérique, digital, la confusion est fréquente et bien souvent due à une erreur de traduction. En anglais, numérique se traduit par « digital ». Mais en français, digital ne signifie pas du tout numérique ! Les données de nos systèmes d’informations sont bien numériques et non pas digitales. En français une empreinte est digitale s’il s’agit de celle d’un doigt, mais elle peut aussi être numérique dans le domaine des systèmes d’information… Décidément, c’est compliqué la langue française ! Pour faire simple : tout ce qui est en rapport avec les doigts c’est digital, tout ce qui se base sur des nombres (et par conséquent l’informatique), c’est numérique ! Une manucure est en quelque sorte une transformation digitale alors.

Dans le domaine de la cryptologie, les messages « cryptés » eux aussi me brûlent souvent la rétine.
Là encore, il s’agit d’une erreur de traduction, en anglais on utilise les termes « encrypt » / « decrypt » en rapport avec les activités de chiffrement / déchiffrement. L’anglais est d’ailleurs moins précis que notre bonne vieille langue de Molière.
En Français, le chiffrement est un procédé cryptographique permettant de rendre une information incompréhensible à tout individu ne disposant de la clé de déchiffrement (ps : je vous épargne le couplet clé symétrique / asymétrique).

On peut donc chiffrer une information, la déchiffrer à l’aide de sa clé de déchiffrement, mais également la décrypter lorsqu’on retrouve une information chiffrée en faisant abstraction de sa clé de déchiffrement.
On voit donc bien ici, la richesse de la langue française.
On peut donc dire :

« Le destinataire a pu déchiffrer le message grâce à sa clé ».
« Une vulnérabilité dans l’algorithme de chiffrement a permis de décrypter l’information ».
« Le film du samedi soir sur Canal + est crypté ».

Mais sûrement pas :

« J’ai crypté un document ».

Vous me direz, plutôt que de le dire, le mieux reste encore de le faire.

Les termes dark web, dark net, deep web se retrouvent eux aussi, souvent employés à tors et à travers dans de nombreux articles de presse ou plaquettes commerciales.
Un dark net est un réseau « anonymisé » s’appuyant sur le réseau Internet mondial auquel il n’est possible d’accéder que par le biais d’un logiciel spécifique. Les réseaux Tor ou I2P sont donc des dark nets. Le dark web représente l’ensemble de ces réseaux dark net. On ne peut donc pas parler « du » dark net, puisqu’il y en a plusieurs.
Le deep web, quant à lui n’a rien à voir. Ce n’est pas du tout un réseau anonymisé ou encore moins un ensemble de sites illicites comme certains peuvent encore le penser, mais l’ensemble des contenus accessibles depuis le web, qui ne sont pas référencés par les moteurs de recherches « classiques ».

On peut utiliser des mots anglais, mais essayer de les « franciser » sans prendre en compte l’étymologie des mots français, c’est risqué…
Bon, maintenant, si un commercial vous dit que « la transformation digitale ne peut pas se faire sans un bon cryptage afin d’éviter les fuites de données dans le dark net », proposez lui de jouer le chiffrage de votre projet sur une partie de Scrabble, vous avez des chances d’obtenir une bonne remise.

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