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Suède : 2,7 millions d’enregistrements téléphoniques de patients en libre accès sur Internet

Charles Blanc-Rolin , VENDREDI 22 FéVRIER 2019 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Je pense que nous n’avons pas fini d’entendre parler de cette histoire qui secoue depuis quelques jours le pays des Vikings, d’ABBA et des Krisprolls. En effet, la Suède semble beaucoup plus au fait de la recette des petits pains grillés que celle du RGPD.

Mardi 18 février, le site Computer Sweden révélait qu’un nombre conséquent d’enregistrements téléphoniques émis par les citoyens suédois au centre téléphonique de conseil médical 1177 depuis 2013 étaient en accès libre sur Internet [1].

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Les chiffres sont impressionnants :

  • 2,7 millions de fichiers audio aux formats wav et mp3.
  • 170 000 heures d’enregistrements
  • 57 000 foyers suédois concernés 

Des données extrêmement sensibles puisque les patients exposent dans ces enregistrements leurs problèmes de santé, leurs traitements, leurs numéros de sécurité sociale ou ceux des proches pour lesquels ils appellent, comme l’explique le journaliste ayant pu écouter quelques-uns des ces enregistrements.

Seraient concernés, les appels traités par le sous-traitant Medicall Sweden Co. Ltd basé en Thaïlande, dont son PDG suédois se défend en expliquant qu’il s’appuie sur la solution Cloud de centre d’appel Biz 2.0, fournie par la société suédoise Voice Integrate Nordic AB.

Computer Sweden indique que le serveur de la société Voice Integrate Nordic AB qui hébergeait les enregistrements était accessible via l’URL suivante : http://188.92.248.19:443/medicall
Si le port TCP 443 utilisé dans ce cas est bien le port par défaut pour une connexion HTTPS, ici c’est malheureusement le protocole HTTP, sans chiffrement qui est utilisé pour accéder aux données ! Des données de santé (donc sensibles) à caractère personnel, accessibles sans chiffrement et sans nécessité de s’authentifier, puisque le simple fait de disposer d’un navigateur Web et de connaître l’adresse IP du serveur permettait d’accéder à ces 2,7 millions de conversations médicales. Ami suédois, sinon le RGPD tu connais ? Pour couronner le tout, le nommage des fichiers utilise le numéro de téléphone de l’appelant, une donnée à caractère personnelle permettant d’identifier directement les patients. Très pratique pour faire des recherches sur le serveur, vous avez juste à connaître le numéro de téléphone du voisin pour découvrir tous ses soucis de santé. Du pain béni pour les assurances et les banques...

L’histoire ne nous dit pas depuis combien de temps ces fichiers étaient accessibles à tous, mais tout laisse à penser, qu’ils l’étaient depuis leur date de création, soit 2013 pour les plus anciens. À l’heure actuelle, nous ne savons pas non plus combien de personnes « non autorisées » ont pu accéder à cette mine d’informations.

Une compilation de ces enregistrements fera peut-être son apparition dans quelques boutiques du dark web prochainement…
La « CNIL suédoise » prononcera-t-elle une sanction ? Qui sera tenu pour responsable ?
Affaire à suivre...


[1] https://computersweden.idg.se/2.2683/1.714787/inspelade-samtal-1177-vardguiden-oskyddade-internet

RGPD