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Risques médicamenteux : la haute juridiction de l’ordre administratif précise l’obligation d’information des centres hospitaliers !

Paris, Par Me Noémie Mandin, MARDI 26 MARS 2019 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Par un arrêt du 18 mars 2019, le Conseil d’État [1] vient de préciser l’obligation d’information des centres hospitaliers en matière de risques associés à un traitement médicamenteux.  

En résumé, il a jugé qu’un établissement n’est pas condamnable en cas de manquement à cette obligation, si ce manquement n’est pas à l’origine d’une perte de chance d’éviter d’éventuels préjudices à indemniser. 

Quels étaient les faits ?

Dans cette affaire, une mère séropositive au virus de l’immunodéficience humaine (VIH) avait été suivie pendant sa grossesse au centre hospitalier de Niort et avait accouché, le 21 février 2001, d’un enfant qui, à mesure que sa scolarité avançait, présentait des troubles du comportement de plus en plus sévères. 

Dans une lettre du 4 juin 1999 adressée à l’ensemble des médecins en activité, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé – devenue l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) – avait demandé que les femmes séropositives au VIH soient informées du fait que l’absorption de médicaments antirétroviraux pendant la grossesse exposait l’enfant à naître à un risque accru de développer des atteintes mitochondriales provoquant des troubles neurologiques.

Or, en l’espèce, il était indéniable que le centre hospitalier de Niort, qui avait connaissance de la prise par la mère d’un traitement antirétroviral en raison de sa séropositivité au VIH, n’établissait pas avoir délivré à l’intéressée une telle information.

C’est sur ce fondement que cette patiente a souhaité obtenir la réparation des préjudices découlant de l’autisme de son fils. Pour ce faire, elle a saisi le tribunal administratif de Poitiers d’une requête tendant à la condamnation du centre hospitalier de Niort.

Le 16 juillet 2015, le tribunal a rejeté sa demande sur la base de deux expertises confiées à un psychiatre et à un neurologue.

Mais, pugnace, la requérante a interjeté appel du jugement devant la cour administrative d’appel de Bordeaux, qui, par un arrêt du 28 décembre 2017, l’a également déboutée de sa demande.

En dernier lieu, le Conseil d’État a rejeté son pourvoi en cassation. Au vu des conclusions de l’expert neurologue qui avait examiné l’enfant, il ressortait en effet que :

 – D’une part, les troubles autistiques manifestés par celui-ci ne permettaient pas de caractériser une maladie mitochondriale ;

 – D’autre part, il n’était pas établi que la prise de médicaments antirétroviraux pendant la grossesse aurait exposé l’enfant à naître à un risque accru de développer de tels troubles autistiques.

La haute juridiction de l’ordre administratif en conclut :

« En déduisant de ces éléments que le manquement du centre hospitalier à son obligation d’information n’était pas à l’origine d’une perte de chance d’éviter les préjudices dont la réparation était demandée, la cour n’a pas commis d’erreur de droit. »

C’est ainsi que, désormais, il appartient au patient s’estimant victime d’un manque d’information sur les risques liés à la prise d’un médicament d’apporter la preuve d’une « perte de chance d’éviter un préjudice » pour que le centre hospitalier à l’origine de ce manquement soit condamné.

C’est donc avec attention que nous suivrons les jugements prochainement rendus par les tribunaux administratifs, lesquels seront chargés d’avoir une application concrète et pragmatique de la notion de perte de chance soulignée par le juge de cassation dans ce nouvel arrêt de principe.

 


[1] CE, 18 mars 2019, n° 418458, CH Niort, publié aux tables du Recueil Lebon.


L'auteur
Noemie-MandinMe Noémie Mandin
Selarl Yahia Avocats
n.mandin@yahia-avocats.fr 

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