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Zoom sur l’informaticovigilance

DSIH, publié dans le DSIH N°1 - Octobre 2010

Si les professionnels de santé qui ont « passé le cap de l’informatique » ne reviendraient plus en arrière, et si les études en lien avec l’informatisation du circuit du médicament confortent une diminution des erreurs médicamenteuses, cela ne signifie pas pour autant que le patient est à l’abri de potentielles erreurs. La vigilance reste de mise… Retour sur l’émergence des nouveaux risques.

Médicaments

Biovigilance, hémovigilance, infectiovigilance, matériovigilance, réactovigilance, identitovigilance, pharmacovigilance : la vigilance se conjugue à toutes les spécialités. Ces concepts, alignés les uns après les autres, pourraient prêter à sourire s’ils ne sous-entendaient pas la nécessité d’être plus attentifs face à tous les risques médicaux rencontrés, et ce même dans un parcours de soins « classique ».

Nous pensions pouvoir souffler un peu avec l’arrivée de l’informatique au sein des établissements de santé, et plus particulièrement avec l’informatisation du circuit du médicament. Outre les exigences réglementaires, l’aide à la prescription, la traçabilité, les validations pharmaceutiques, une meilleure lisibilité sur un support unique, le partage d’information sont, aujourd’hui, autant d’atouts visant à atteindre le risque d’erreurs minimal.

 

Le revers de la médaille

 

Malheureusement, ce tableau idyllique ne peut masquer l’apparition de nouveaux risques provoqués par cette informatisation, qui entraîne, de fait, de nouveaux concepts encore peu expliqués : l’infovigilance et l’e-iatrogénie. Le Centre National Hospitalier d'Information sur le Médicament (CNHIM) a développé la notion d’infovigilance au début des années 2000. Objectif : prévenir les erreurs médicamenteuses. Le terme d’e-iatrogénie, quant à lui, est apparu quelques années plus tard et désigne l’iatrogénie provoquée par l’introduction des technologies de l’information[1]. Aujourd’hui, les plus avant-gardistes parlent d’informaticovigilance : « pan de l’infovigilance » qui ciblerait plus particulièrement l’informatisation et pointerait du doigt l’informatique en l’accusant d’être responsable d’erreurs.

 

La main humaine, certes, n’est pas infaillible : erreur de sélection d’un patient, d’un médicament, d’une posologie ; mauvaise utilisation par manque de formation ou d’ergonomie du logiciel… Mais de nombreuses erreurs sont liées au logiciel en lui-même : défaut de paramétrage, problèmes d’interfaçage, de maintenance ou régression fonctionnelle lors d’un changement de version, voire fonctionnalités défectueuses ou inexistantes. « Un logiciel permettait de rechercher les traitements prescrits à une date donnée. Or, cette application n’était pas fonctionnelle et un affichage erroné des prescriptions antérieures a failli entraîner des erreurs médicamenteuses dans la prise en charge ultérieure du patient », constate Aurélie Constans-Brugeais, pharmacien, dans sa thèse[2]. Autre exemple significatif rapporté ? : l’absence d’un système d’alerte en fin de traitement a entraîné la non-reconduction du traitement de patients dans un établissement pénitentiaire. 

 

Enfin, la « vigilance » serait incomplète si l’on ne mentionnait pas un concept qui tend à se développer : la logicio-vigilance, qui consiste à mettre en œuvre des moyens techniques ou organisationnels de surveillance des comportements des logiciels et de leur interconnexion. Comme le souligne Auriane Lemesle, RSSI du GSC Télésanté Centre, c’est du côté des éditeurs que les efforts doivent s’intensifier.

 

 

DSIH



[1] Introduction des nouvelles technologies en santé : analyse des principaux risques liés à l’informatisation de la prescription médicale - Projet d’études appliquées - Master 2 Management des risques sanitaires en structures de soins et industries des produits de santé - UFR des sciences pharmaceutiques et d’ingénierie de la santé – Auriane Lemesle - 2010/2011

[2] Émergence de l’informaticovigilance - Enquête multicentrique sur les erreurs médicamenteuses liées à l’information du circuit du médicament : élaboration d’un outil de signalement et de recommandations pour la sécurisation de l’informatisation – Aurélie Constans-Brugeais - octobre 2011 - Thèse pour le DE de Docteur en Pharmacie.

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