Vous êtes dans : Accueil > Actualités > E-Santé >

« En échange de nos données, nous recevons une aumône »

DSIH,DL, MARDI 02 DéCEMBRE 2014 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Internet va-t-il tuer le capitalisme ? Pour Jacques Attali, la réponse est non : « il l’invente autrement ». Invité à en débattre par le G9+ (1), l’économiste et écrivain a projeté l’auditoire dans une sombre vision de l’avenir. 

Il nous avait prévenus en écrivant « Une brève histoire de l’avenir », il y a 5 ans ; il l’a redit avec force ce 25 novembre : « nous entrons dans une logique de surveillance, d’hyper surveillance, d’auto surveillance, comme condition d’appartenance à la norme ». Ultra pessimiste – tout en se défendant bien de rejeter les technologies – il insiste sur le fait que le contexte d’Internet introduit dans nos sociétés « une tentative extraordinaire de prendre le contrôle sur notre vie ».

« Internet fabrique des monopoles », regrette-t-il. GAFA (2) est un monopole parce que, dans cette économie, le gagnant l’emporte (« winner takes all »). « En échange de nos données, de nous-mêmes, nous recevons une aumône. Un accès à Google ! Nous les donnons à des gens qui vont nous les revendre sous forme de primes d’assurances. La logique de cette machine est de nous soumettre à un pouvoir qui définit les conditions de réussite ».

L’argumentaire est agressif. Mais l’enjeu le vaut bien car, pour Jacques Attali, il en va de la survie même de la démocratie. Les entreprises peuvent aujourd’hui « jouer » le marché contre les Etats, nous rappelle-t-il, citant l’exemple de l'accord commercial trans-atlantique (TAFTA). Or « toute économie de marché sans régulateur aboutit à un système relativement totalitaire. Nous arrivons dans une situation d’extrême précarité où la démocratie se révèle incapable de répondre aux besoins en valeur sur le long terme. Nous courons le risque de foncer dans des dictatures alors que les technologies peuvent nous permettre d’inventer un monde meilleur ».

Réaliste, alarmiste ? A méditer en tout cas, d’autant que la santé et l’assurance constituent à ses yeux – avec l’éducation et la « distraction » - les deux grands secteurs où les enjeux apparaissent les plus forts. Attention, prévient-il. Une assurance « sur mesure » c’est la négation de la solidarité. On peut juste souhaiter que le visionnaire se trompe quand il nous annonce sa conviction : « les assurances vont devenir les maitres de demain et vont avaler les gestionnaires de données », tandis que « les banques vont avaler les telcos ».

Quelles voies prendre alors ? Jacques Attali milite pour « une économie positive (3), c'est-à-dire une société qui prendrait en compte les générations suivantes ». Et, face à un auditoire qui évolue dans un monde marqué par les emballements média-TIC, il veut remettre les pendules à l’heure : « nourrir, soigner, éduquer 7 milliards de personnes, cela n’a rien à voir avec l’internet des objets ».

 

(1)  Interclub Informatique-Télécoms-Multimédia des anciens des grandes écoles. http://www.g9plus.org/ 

(2)  Acronyme de Google, Amazon, Facebook, Apple

(3)  Cf http://www.ladocumentationfrancaise.fr/ouvrages/9782213678207-pour-une-economie-positive 

tic