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Avec la e-santé, les organismes complémentaires se préparent aux ruptures

DSIH, DL, LUNDI 12 OCTOBRE 2015 Soyez le premier à réagir1 réactions

Pour ouvrir son Carrefour de la télésanté 2015 (1), le Catel a demandé à deux « poids lourds » de la protection sociale quel rôle ils pourraient jouer dans le financement de la e-santé. Etienne Caniard, président de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), comme Guillaume Sarkozy, Délégué général de Malakoff Médéric, sont allés au-delà de cette problématique de financement dans la mesure où ils se montrent convaincus que notre système est en train de basculer … avec tout ce que cela signifie en termes de risques et d’opportunités.

Pour Etienne Caniard, le constat est sans appel : quand on regarde l’organisation du système de santé, elle est exactement la même depuis 30 ou 40 ans, « cela veut dire qu’elle génère une perte de chance pour la collectivité, parce qu’elle n’a pas su s’adapter ». « La e-santé va faire éclater les cloisons, nous rappelle-t-il. Avec, par exemple, un recours très différent à l’hôpital. » Ou encore : « des systèmes qui permettent d’avoir une vigilance en temps réel [pour les risques associés aux traitements, NDLR] », des contrôles post commercialisation qui remplacent des études cliniques pré commercialisation, etc.

« Il va falloir changer ! »

Face à cela, les grands débats qui perdurent dans la santé, à l’instar du paiement à l’acte, sont dépassés, juge-t-il. Et nos gouvernants aussi ! S’ils croient en effet que le système de protection sociale a vocation à solvabiliser des dépenses, « cela n’est plus vrai », insiste le président de la FNMF. « On ne fait plus, aujourd’hui, un métier d’assureur, mais de banquier, regrette-t-il. Et il va falloir changer ! » Désormais, les missions qu’il revendique sont celles de l’accompagnement, du conseil, de l’orientation, de l’organisation et de l’offre de services à valeur ajoutée. L’exemple le plus symbolique en est celui de l’objet connecté, qui ne vaut que pour les services qu’il facilite. « Le rôle de l’organisme complémentaire ne va pas être de financer un objet et de rembourser ponctuellement le soin, mais d’aller vers l’accompagnement », précise Etienne Caniard.

Pour Guillaume Sarkozy, « nous avons beaucoup de ruptures devant nous ». Celle de la dématérialisation tout d’abord, le client étant en mesure de faire le travail auparavant dévolu à l’organisme : modifier, par exemple, son RIB en ligne, à tout heure du jour et de la nuit.
Le délégué général de Malakoff Médéric relève également que les processus de révision de contrats, de négociation annuelle, etc. sont profondément impactés et, désormais, obligés d’accélérer le rythme.

« Un Etat totalement débordé »

Il appelle à une évolution de la réglementation qui empêche, aujourd’hui, de connaître les performances de l’offre de soins. A l’heure du big data, « on n’a pas le droit de savoir quel est le taux de reprise des chirurgiens cardiaques », déplore-t-il, ou « quelle est la meilleure stratégie médicale à adopter », selon la situation sociale de l’individu (salarié, retraité…). Cela, « parce que l’Etat refuse de partager ses données ». Cet Etat dont il fustige « l’habitude de dresser des lignes Maginot », il le voit, à terme « totalement débordé ».
« Il ne faut pas se contenter d’accuser l’Etat », admet toutefois Guillaume Sarkozy. « Nous-mêmes, assureurs complémentaires, avons été extrêmement légers. Nous avons une valeur ajoutée sociale, mais nous avions une valeur ajoutée économique incroyablement faible ».
Il veut croire aujourd’hui que cela, aussi, est bien en train de changer, alors que Malakoff Médéric s’apprête à former avec la Mutuelle générale un groupe qui pèsera quelque 3 milliards d’euros

(1)  http://www.carrefourtelesante.fr/accueil.html 

e santé, télésanté, catel


1 réaction(s) à l'article Avec la e-santé, les organismes complémentaires se préparent aux ruptures

#2

Oui, le numérique bouleverse tout. Il bouleverse l'organisation en compartiments habituels de soins, avec un décideur (souvent saturé, isolé) par service. Surtout, il remet la personne au centre de son propre projet de soins : elle re-devient le départ (impulsion) et la finalité (résultats) du travail. Son parcours, qui vise un mieux tangible, traverse les services et les métiers. Par et pour la personne. Au gré des diagnostics et des visées, qui s'enchaînent. Un case management, évidemment, s'impose. Qu'il soit local et hospitalier ou pilotable depuis des mutuelles. Avec lui, la centration-client. Dans le détail : une EBM (faire appel à l'état de l'art le plus robuste pour concevoir un cadre et des horizons réalistes ; animer des praticiens capables de clinique, de terrain, de face-à-faces, de recours à des tiers, à des aidants naturels, capables aussi de créer des projets individuels, avec des "milestones" et des tactiques ; intégration également des attentes, toujours subjectives, traitement des objections de la personne, fabrication d'un résultat perçu, selon des critères de confort émotionnel, d'échanges et d'observance en lien avec la personne... et son entourage). Ce case management est un tiers-métier, une fonction de pilotage qui emprunte à la performance médicale (projet de mieux, déploiement des parcours imposant étapes et analyses continues des données), à l'optimisation des ressources (maîtrise des durées moyennes de séjour, optimisation et sécurisation des transmissions, pilotage des remboursements sociaux, etc.), le respect des calendriers et de tout ce qui construit les étapes d'après (anticipation, préparation), la précision des dispositifs ambulatoires et du bon suivi de la convalescence. Mille choses naissent (et se renforcent) au contact du numérique, moelle épinière à venir — et déjà actuelle — de la démarche de soins.


Message posté par Lionel (Déconnecté) le lundi 12 octobre 2015 à 13:57:18 en réponse au message n°#1 REPONDRE