Vous êtes dans : Accueil > Tribunes libres >

L’échelle de Kardashev appliquée à l’informatique, partie I

Cédric Cartau , MARDI 22 MAI 2018 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Même si l’exercice a des limites, l’usage d’échelles de maturité est à la fois utile pour un consultant – interne ou externe –, et pour l’audité, car il permet de visualiser très rapidement le résultat d’une analyse et peut, de plus, être facilement utilisé auprès d’un Comex. J’aime bien utiliser celle de maturité de Bobbitt (qui comprend cinq niveaux), notamment sur des processus internes à la DSI : montrer à un DSI qu’en matière de protection antivirale il est au niveau 2 sur 5 fait toujours de l’effet.

Récemment, je suis tombé sur une interview de Michio Kaku(1) (professeur de physique théorique, un des pères de la théorie des cordes et auteur de l’ouvrage Une brève histoire du futur, à lire absolument) dans laquelle il parlait de l’échelle de Kardashev. Il s’agit d’une échelle théorique qui permet de noter une civilisation selon sa capacité à capter et à consommer l’énergie de son environnement : au niveau 0 (le nôtre), la civilisation ne sait que produire et capter de l’énergie produite par des moyens rudimentaires ; au niveau 1, elle sait capter toute l’énergie produite par son étoile, etc. En gros, si l’humanité compte quitter la Terre pour essaimer dans le système solaire, il faut être au minimum au niveau 1.

Le webzine Ticsanté relatait récemment(2) un incident survenu dans le SI du NHS : avec un bug découvert dans le programme de convocation à des consultations de dépistage du cancer du sein, quelque 450 000 femmes n’ont pas reçu la leur, ce qui permet d’estimer statistiquement le nombre de femmes décédées à environ 270. Pour rappel et comparaison, l’affaire d’Épinal (surirradiations de patients en traitement de radiothérapie dues au mauvais usage d’un logiciel) a provoqué cinq morts et une trentaine de blessés graves. On vient clairement de franchir un cap, car il s’agit – sauf erreur – d’une première affaire de décès de patients imputables non pas à la panne d’un système ultracritique tel le monitoring en soins intensif, mais d’un programme purement administratif (ou logistique, c’est selon).

On voit rapidement le lien avec l’échelle de Kardashev : il est possible de concocter une échelle (je laisse au lecteur le soin de la baptiser) sur au moins quatre niveaux :

  • au niveau 0, une panne de l’informatique n’impacte en rien la vie du patient (les hôpitaux en étaient à ce stade dans les années 1970) ;
  • au niveau 1, seule une panne des systèmes dans les secteurs critiques (salles de réveil, soins intensifs, etc.) peut impacter la vie du patient ;
  • au niveau 2, une panne des systèmes DPI (comprenant les briques Dossier de soins et Médicaments) peut impacter la vie du patient ;
  • au niveau 3, une panne ou un bug dans un système administratif périphérique (convocation à des consultations de prévention, par exemple) peut impacter la vie du patient.

Avec l’exemple du NHS, il est indiscutable que nous venons d’atteindre le niveau 3.


(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Michio_Kaku 

(2) L'incident relaré par Ticsanté 

dsi, patient