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Former et arbitrer pour atteindre les ambitions numériques de la France

DSIH, Damien Dubois, LUNDI 09 SEPTEMBRE 2019 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

La loi relative à la transformation du système de santé a été adoptée cet été par le Parlement. Son troisième volet concerne l’ambition numérique de la France en matière de politiques de santé. À cette occasion, DSIH a interviewé Carlos Jaime, expert européen de la transformation digitale et directeur général d’InterSystems.

Dans quel cadre avez-vous été auditionné ?

Carlos-jaimeDans celui du CSIS (Conseil stratégique des industries de santé) lors des travaux préliminaires au projet de transformation numérique de la santé. Nous avons été interpellés pour partager notre point de vue dans la mesure où InterSystems détient une grande expérience de ce type d’initiatives à l’étranger. J’avais pu mettre en évidence les facteurs-clés des expériences menées avec succès dans différents pays d’Europe, notamment la Suède ou l’Écosse.

Quels sont ces facteurs-clés ?

J’ai récemment eu l’occasion de les exposer aux Journées de l’Asip Santé en mettant en avant la nécessité d’une gouvernance claire, d’un cap visible et d’étapes clairement établies. Ce à quoi s’ajoute la mise en place incontournable de l’interopérabilité. Nous avons aujourd’hui un vrai projet, détaillé, avec des étapes clairement définies. J’y crois car les bons pilotes sont aux commandes.
Après une période de disette où le numérique n’était pas au cœur des stratégies, des projets émergent de toutes parts avec des initiatives individuelles et des appels d’offres. Nous sommes ainsi submergés par la multitude des besoins qui apparaissent. La loi a été validée, mais il reste à mettre en œuvre la feuille de route, extrêmement dense, de Ma santé 2022. Dans ce cadre, le déficit de compétences est flagrant.

En termes de ressources humaines ?

Oui, notamment. Et ce point n’a pas été creusé. Aucune dynamique institutionnelle pour se rapprocher des écoles d’ingénieurs ou de médecine n’a été organisée. Former les acteurs pour accompagner la formation numérique est un défi majeur pour guider les éditeurs ou les institutionnels dans cette transformation numérique. Il s’agit de former les acteurs existants à la gestion et au stockage des Data, mais aussi au développement d’algorithmes, de nouveaux usages et de nouveaux métiers pour une meilleure adhésion des utilisateurs et des professionnels de santé.
Le numérique en santé est un monde d’experts, de spécialistes qui s’inscrivent dans un cadre réglementaire extrêmement contraint avec des enjeux éthiques, de gouvernance et de standards d’interopérabilité. Un acteur issu du numérique générique ne peut pas rejoindre la santé sans formation. InterSystems est d’ailleurs en train de développer ce type de partenariats avec des écoles d’ingénieurs pour former aux outils numériques de santé dès la formation initiale.

Comment aller plus loin dans un cadre budgétaire restreint ?

Les organisations de soins souffrent en effet d’un déficit de capacité d’investissement, et les arbitrages ne sont pas toujours faits en faveur du projet numérique. Le problème n’est pas tant un manque d’argent que de focus sur les projets numériques. Une solution consisterait à établir des recommandations claires pour consacrer un minimum des capacités d’investissement à la transformation numérique.

Les outils et les solutions développés (Health Data Hub, DMP…) sont-ils à la hauteur des enjeux ?

La réglementation va dans le bon sens, mais il y a des trous dans la raquette. Si les standards d’interopérabilité sont clairs, les solutions ne sont pas adaptées aux usages. Le DMP n’est pas structuré pour un usage efficace des données, qu’il s’agisse de la recherche, de la prospection ou de la prévention. C’est un entrepôt de données statiques en PDF, et la masse de données centralisées accessibles dans l’espace numérique de santé va rapidement nous submerger. Rendre les données dynamiques suppose de mettre en place des outils d’analyse sémantique destinés à restructurer des données non structurées. Ces outils existent, mais demandent une démarche supplémentaire qu’il aurait fallu imposer dans le cadre d’interopérabilité.

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