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SI de santé : les conditions de travail indignes des professionnels de santé

Cédric Cartau, MARDI 25 FéVRIER 2020 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Je suis tombé plusieurs fois déjà sur le même phénomène concernant les logiciels du cœur de métier dans un établissement de santé – le soin –, et même s’il ne constitue en rien une généralité, je le trouve tout simplement scandaleux.

Dans son mémorable ouvrage Systèmes d’information et management des organisations, Robert Reix écrit que les SI (tous secteurs confondus) se classent en quatre groupes, en fonction de leur degré de maturité :

  • L’ère primaire : on informatise des fonctions isolées ;
  • L’ère secondaire : on interconnecte des briques ;
  • L’ère tertiaire : l’informatisation conduit à une refonte des processus métiers ;
  • Et, enfin, l’ère quaternaire : l’informatisation fait apparaître de nouveaux métiers.

Pour illustrer ces propos concernant l’hôpital, nous pouvons considérer qu’à partir du premier plan HN (2007) qui a consisté à déployer un DPI unique sur tout l’établissement en remplacement des n progiciels métiers verticaux précédents, on est passé de l’ère 1 à l’ère 2.
Dans un établissement tel que la SNCF par exemple, par la dématérialisation du processus d’achat des billets (qui était l’un des principaux goulets d’étranglement), on a en grande partie refondu ledit processus, passant ainsi à l’ère 3. Enfin, si on prend l’exemple d’Orange, l’informatisation complète du secteur de la téléphonie résidentielle a permis de dégager de nouveaux métiers tels le marketing direct ou indirect sur la base de l’annuaire national, etc.

Une partie (et une partie seulement) des difficultés d’informatisation des hôpitaux est alors facilement identifiable : il s’agit du passage de l’ère 2 à l’ère 3 que nous sommes en train de vivre, et qui prend du temps. Les causes sont multiples, et il n’y a pas seulement cette fameuse « résistance aux changements » que l’on se plaît à mettre sur le dos des MOA (cette résistance est exacte, le plus drôle est qu’elle touche aussi les DSI quand elles sont en position de MOA, juste pour rire, essayez de mettre en place un suivi des temps au sein d’une DSI, vous allez tomber de haut). Il y a aussi le fait que le passage de l’ère 2 à l’ère 3 prend au bas mot une décennie, voire deux, et encore quand on ne court pas plusieurs lièvres à la fois, ce qui est malheureusement le cas des DSI dans le monde de la santé (vous avez entendu parler des GHT et de la convergence pour avant-hier ?), sans parler des moyens affectés. Bref, je fais le pari que l’ère 3 ne sera pas engagée partout dans la décennie qui vient de démarrer.

La semaine dernière, au cours d’une réunion où il était question de la mise en conformité RGPD d’un progiciel de spécialité médicale (mise en conformité qui ne posait pas vraiment de problème), j’indique au médecin avec qui j’échangeais un des critères de choix d’un progiciel auquel je faisais référence dans un précédent article[1] dans DSIH, à savoir la capacité d’exploiter les données de la base par des mécanismes simples. Le médecin en question opine en me disant justement que c’est l’un des problèmes de son progiciel actuel, et qu’il a passé une partie d’un week-end à compter tel type d’appareil, de médicament ou que sais-je en parcourant à la main et une à une les fiches de ses centaines de patients pris en charge dans l’année. J’hallucine totalement.

Certes, la réponse de l’éditeur – demandez à votre DSI de coller un univers BO sur la DB de production – est une solution (c’est d’ailleurs ce que font les DSI, qui sont elles-mêmes surbookées), mais j’aimerais bien que l’on m’explique pourquoi un bête écran de recherche multicritère, comprenant sur chaque ligne un item à rechercher, un critère de sélection (<, >, =), des plages de valeurs et la capacité d’insérer des lignes additionnelles est compliqué à développer. Je le faisais déjà en Delphi 4 il y a 20 piges en à peine quelques jours. Un bon exemple est d’ailleurs donné par iMusic d’Apple, qui comporte un écran de ce genre pour se créer des listes de lecture musicale ou de podcasts, bref, ce n’est pas une montagne.

Alors, tant que l’écosystème informatique fournira des produits dans le monde de la santé qui exigent qu’un PH ou un PU-PH bac+15 (au minimum) clique tout un week-end sur des écrans mal fichus pour connaître l’âge du capitaine, faut pas s’étonner que l’ère 3 ne soit pas pour après-après-après-demain, même pas en rêve.


[1] https://www.dsih.fr/article/3645/quels-criteres-pour-choisir-son-progiciel-metier.html 

logiciels, dsi, progiciel, RGPD