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Masques FFP2 et SI : comparatif des enjeux d’externalisation - partie 1

Cédric Cartau, MARDI 16 JUIN 2020 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Une des plus importantes polémiques générées par la crise du Covid 19 est sans aucun doute la question de l’externalisation de la production des masques (FFP2, etc.), en l’occurrence en Chine, et qui a mené à la pénurie que l’on sait. Il est très facile, après coup, de jouer les donneurs de leçons sur ce sujet : comme le fait très justement remarquer Olivier Sibony (voir à ce sujet son excellente conférence ), si la question avait été aussi triviale nous n’aurions pas constaté un consensus quasi-général, à la fois national et international.

La question de l’externalisation en général, et de l’externalisation des SI en particulier revient régulièrement sur le tapis et semble couler de source, alors que seule une approche rationnelle de la question permet, ou pas, de trancher sur l’opportunité d’envoyer à l’extérieur serveurs, applications, données et compétences. La plupart des CHU et des CH exploitent eux-mêmes leurs datacenters dans leurs propres locaux : récemment un consultant m’a demandé pourquoi on n’externalisait pas cela, comme cela se fait souvent dans le privé. Un tantinet espiègle, je lui ai demandé si par « externalisation » il entendait bien ce qui avait été fait pour les masques FFP2…mais j’avoue avoir plus fait de la rhétorique que de lui opposer un raisonnement structuré.

L’externalisation étant un moyen et non une fin, il convient tout d’abord de s’interroger sur le besoin réel. Il peut y avoir plusieurs raisons, et notamment (liste non exhaustive) :

  • La question financière ; attention dans de nombreux cas, l’externalisation ne fait rien économiser (elle augmente même la facture), mais elle augmente aussi souvent (pas toujours) la qualité de la prestation délivrée en même temps qu’elle déplace les structures de coûts (de l’investissement vers l’exploitation) ; la flexibilité financière est par contre presque toujours meilleure, mais tout a un prix en ce bas monde ;
  • La question technique : il peut s’agit de vouloir ou devoir franchir une rupture technologique majeure, ou résoudre les difficultés de la DSI à s’aligner sur la stratégie de l’entreprise ; dans ce cas d’ailleurs, il est fréquent que le problème se situe plus au niveau de l’encadrement de la DSI elle-même ou tout simplement de ses budgets ;
  • Les aspects humains : il peut s’agir d’une volonté de ne plus gérer les RH, de résoudre un problème de pertes de compétences, de pyramide des âges, etc. ; à noter que, dans la plupart des cas mentionnés, il s’agit d’une dysfonctionnement du processus RH de l’entreprise à faire évoluer les agents de la DSI (dans certaines entreprises, la Direction des Ressources Humaines se comporte uniquement comme une Direction de la Masse Salariale, les 3 problèmes évoqués ci-dessus - qui ne sont que des exemples - devraient d’abord faire s’interroger un décideur sur sa DRH plutôt que sur sa DSI) ;
  • Les aspects stratégiques : stratégie d’alliance avec des entreprises du même secteur, de fusion, de recentrage sur le cœur de métier, etc. on notera avec intérêt que si le métier d’une entreprise est rarement de « faire » de l’informatique (sauf pour les SSII bien entendu), son métier n’est pas plus de « faire » des RH, de « faire » de la finance ou de produire des camemberts en couleur pour le board ; curieusement c’est malgré tout presque toujours pour la DSI que cette question est lancée.

Loin de moi l’idée selon laquelle le concept d’externalisation serait à jeter aux orties. D’une part il y a des cas avérés pour lesquels cela constitue, et de loin, la meilleure option : on externalise bien ses assurances, la gestion de son parc PC, le ménage, etc. D’autre part, si le Big Boss décide, en connaissance de cause, que cela rentre dans sa stratégie générale, ite missa est.

Il se trouve toujours des consultants en costumes, chaussures pointues et pantalons serrés pour venir expliquer avec force de graphiques et de simulations financières que la boite va économiser des sous en envoyant tel ou tel processus interne (souvent technique, quand même…) à l’extérieur. On ne demande d’ailleurs qu’à la croire, mais outre la vérification de leur cv (dans l’IT il est très courant de rencontrer des types qui ont passé leur vie à conseiller les autres sur la façon de mettre les mains dans le cambouis mais qui ne l’ont jamais fait eux-mêmes), j’engage tout décideur, quel que soit son niveau hiérarchique, à procéder au petit exercice suivant.

Plutôt que de demander aux consultants en question de vous prouver que cela va fonctionner, faites ce qu’Olivier Sibony appelle « l’analyse pré-mortem ». Explication : alors que nous sommes en 2020, demandez à vos interlocuteur de se projeter mentalement dans 5 ans (soit au-delà du temps que va nécessiter le projet d’externalisation à proprement parler), dans un contexte fictionnel où ledit projet a lamentablement échoué 2 ans plus tôt (soit en 2023 dans mon exemple), et de vous dire pourquoi. L’exercice est redoutable.

A suivre...


[1] https://www.youtube.com/watch?v=wDD4h-_TgQs 

 

national, production, dsi