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Innovation pharmaceutique : partager les données en Europe pour combler le retard français

DSIH, Damien Dubois, MARDI 02 FéVRIER 2021 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Pour le Conseil d’analyse économique, la France souffre d’une série de dysfonctionnements et de retards dans le domaine de l’innovation pharmaceutique. Le partage de données sur le plan européen est l’une de ses recommandations pour favoriser la recherche et l’évaluation de nouveaux médicaments par les Agences de santé.

La mission du Conseil d’analyse économique (CAE), placé auprès du Premier ministre, consiste à « éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique ». Composé d’économistes universitaires et de chercheurs, il réalise des analyses économiques pour le gouvernement et les rend publiques.

Dans sa note de janvier 2021, Innovation pharmaceutique : comment combler le retard français ?le CAE analyse les raisons du retard français et avance des recommandations pour tenter d’y remédier en balayant toutes les étapes de l’innovation, de la recherche fondamentale au développement, puis à la commercialisation des produits. Pour Margaret Kyle[1] et Anne Perrot[2], les deux auteures de la note, la recherche de vaccins contre le Covid-19 illustre la difficulté de la France à exister dans la course à l’innovation pharmaceutique.

L’insuffisance des financements publics

L’innovation pharmaceutique s’est déplacée de la chimie aux biotechnologies et à la génomique. Dans le même temps, les start-up et les petites structures faisant essentiellement reposer l’innovation sur la recherche académique et les spin-off universitaires sont apparues. Dans ce contexte, le CAE relève le retard important de la France, dû notamment à l’insuffisance des finan­cements publics alloués à la recherche et à l’écosystème d’innovation.

Une autre cause du retard résiderait dans la politique de recherche et la gouvernance du processus d’innovation, avec une trop grande rigidité des brevets et un manque de cohérence à la fois dans les règles de fixation des prix et la procédure d’autorisation du médicament. La note souligne le faible recours aux génériques en France et le meilleur usage qui pourrait être fait des dépenses en médicaments. Enfin, malgré le Health Data Hub en France et l’initiative du European Health Data Space, les auteures soulignent que le partage de données est loin de son potentiel d’exploitation.

Augmenter le potentiel de partage et d’exploitation des données

L’exploitation des données des patients et de leurs traitements est un enjeu clé de l’innovation. La France est riche de bases de données de santé volumineuses et complètes. Le CAE salue le rapport de Cédric Villani consacré au « Financement de la recherche » en 2019 et le développement du Health Data Hub qui centralise toutes les données de santé en France pour les mettre à disposition des chercheurs. Il relève également l’importance de la collecte et du traitement de telles données à l’échelle européenne dans le cadre de la création de l’espace européen des données.

Les auteurs constatent que les données de santé ne sont ni ouvertes, ni harmonisées, ni standardisées en Europe et estiment que la longueur des négociations pour une coordination européenne efficace et sécurisée donne à la France une opportunité d’agir comme leader en la matière grâce à l’expérience du Health Data Hub.

Parmi ses recommandations, le CAE invite donc à « soutenir l’initiative du European Health Data Space, pour un partage de données au niveau européen afin de développer la recherche et l’évaluation de nouveaux médicaments par les Agences de santé ». Il préconise également de « poursuivre le travail d’ouverture des données au sein du Health Data Hub au niveau national ».


[1] Professeure d’économie, Mines ParisTech et université Paris Dauphine-PSL.

[2] Professeure d’économie, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et membre du CAE.

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