Au GHT de Saône-et-Loire – Bresse-Morvan, un concentrateur de données comme socle des usages d’IA et de la coordination territoriale

Après plusieurs années à tenter d’unifier un système d’information éclaté en plus de 350 applications, le GHT a changé de cap. « Faire du SI uniquement par la convergence applicative, c’est un horizon de dix ans », constate Stéphane Kirche, directeur des technologies de la santé, de l’innovation et de la recherche clinique du GHT, dans un contexte où les limites de l’interopérabilité restent prégnantes malgré les cadres nationaux et les référentiels d’échange. « En 2022, on s’est dit qu’on n’allait pas refaire les mêmes erreurs », explique-t-il. La fusion de l’ingénierie biomédicale et du numérique en santé, pilotée avec Alexandre Benoist, ingénieur biomédical de formation, accompagne ce tournant organisationnel et stratégique vers une convergence par la donnée.
Fer de lance de ce réalignement, le concentrateur – opérationnel depuis 2024 – agrège en temps quasi réel les données issues des principaux logiciels métiers (dossier patient informatisé, biologie, imagerie, réanimation, dialyse) ainsi que des flux issus des équipements biomédicaux. « Le DPI fait partie des applications », précise Stéphane Kirche. L’objectif est de permettre aux professionnels d’accéder à une vision transversale du patient, en rapprochant des informations jusqu’alors dispersées dans des silos applicatifs, sans remettre en cause l’usage de leurs logiciels spécialisés. « Il n’y a aucune raison de demander à un réanimateur d’abandonner son outil métier pour tout faire dans le DPI », résume le directeur. Cette approche vise à répondre à des besoins cliniques concrets, notamment dans des contextes de prises en charge complexes ou polypathologiques.
Au-delà de l’accès transversal aux données, le concentrateur joue également un rôle structurant dans le plan de continuité d’activité. En cas d’indisponibilité du système d’information, les soignants peuvent se connecter directement au concentrateur, alimenté en continu et dépositaire de plusieurs années d’antériorité. Des tests réguliers, menés avec Orange Cyberdefense, valident cette organisation en Y, dans laquelle les équipements biomédicaux, par exemple, alimentent simultanément le DPI et le concentrateur. Le concentrateur n’a pas vocation à se substituer au DPI, mais à garantir un accès minimal et sécurisé à l’information clinique en cas de crise.
L’IA comme levier d’expérimentation
Le concentrateur facilite également l’expérimentation d’outils d’intelligence artificielle en réduisant fortement les délais d’intégration. « Là où la connexion d’une solution d’IA à un système d’information classique peut prendre six à huit mois, chez nous, elle se fait en 24 heures », indique Alexandre Benoist. Cette capacité technique permet de tester rapidement des solutions, d’en évaluer l’intérêt clinique et organisationnel, mais aussi de les retirer si leur valeur d’usage ne se confirme pas.
Le GHT a ainsi déployé Previa, dédié à la détection précoce d’infections, ainsi que PharmIA, outil d’aide à la validation pharmaceutique. Sur environ 500 prescriptions quotidiennes, seule une dizaine est signalée comme nécessitant une analyse approfondie. L’objectif n’est pas l’automatisation de la décision médicale ou pharmaceutique, mais le redéploiement du temps soignant vers des situations à plus forte valeur clinique.
D’autres usages sont en phase de déploiement : la prévision de l’activité des urgences à cinq jours avec Saniia et la détection de l’insuffisance rénale ou de la détresse cardiaque. « Ce sont des signaux faibles qui passent sous les radars. En agrégeant des signaux faibles, on obtient un signal fort », précise Alexandre Benoist. Si la puissance prédictive de ces solutions reste encore à évaluer, ces expérimentations mettent en lumière les prérequis structurels de l’intelligence artificielle en santé : au-delà de la performance des algorithmes, c’est la fiabilité des données sources et le cadre organisationnel qui conditionnent leur pertinence. « L’IA est pour nous un accélérateur de maturité, mais uniquement si elle s’appuie sur des données de qualité et une gouvernance claire », souligne Stéphane Kirche.
Ce cadre d’expérimentation s’accompagne aussi d’un positionnement assumé vis-à-vis des éditeurs. « Beaucoup veulent intégrer leurs outils, de base, dans le DPI. Mais nous refusons d’être pieds et poings liés », indique Stéphane Kirche. Le GHT privilégie des solutions interopérables et réversibles, conservées uniquement lorsque leur valeur d’usage est confirmée. Cette autonomie est présentée comme une condition de soutenabilité technique et financière.
Vers un entrepôt de données de santé
Le concentrateur constitue un prérequis à la mise en place d’un entrepôt de données de santé, dont le dossier devrait être soumis à la Cnil en 2026. À la différence des EDS des CHU, principalement orientés vers la recherche, celui-ci privilégiera la production de soins comme usage primaire : amélioration de la sécurité, de la qualité et de l’efficience. La recherche constitue un usage secondaire, dans une logique de comparaison des pratiques et d’amélioration continue au sein de structures de taille intermédiaire.
Au-delà de l’hôpital, le GHT s’inscrit dans une dynamique territoriale. Composé d’établissements sanitaires, médico-sociaux et de santé mentale, il travaille avec les centres départementaux de santé afin d’améliorer la détection et l’orientation des patients. Une centaine de professionnels interviennent déjà en consultations avancées sur le territoire. À terme, l’entrepôt de données devrait s’enrichir des données de ville, une perspective conditionnée toutefois à des cadres juridiques et organisationnels encore à structurer.
Une plateforme de domomédecine en phase pilote
Dans cette même logique de convergence par la donnée, le GHT s’engage également dans la domomédecine. Après une veille nationale, étendue par la suite à l’échelle européenne, il a retenu HopeCare®, une plateforme d’agrégation dédiée au télésuivi, à la télésurveillance et à la téléréadaptation, développée et déployée au Portugal depuis 2012 (voir encadré). Comme le concentrateur hospitalier compile les données cliniques, cette solution agrège les données issues de dispositifs médicaux et d’objets connectés à domicile, puis génère des alertes filtrées par des algorithmes visant à limiter la fatigue liée aux alarmes.
« Aujourd’hui, un patient insuffisant cardiaque, insuffisant rénal et diabétique se voit attribuer trois outils surveillés par trois personnels différents qui ne communiquent pas », déplore Alexandre Benoist. L’ambition est de dépasser le suivi cloisonné par pathologie. Au Portugal, une infirmière suit 1 000 patients grâce à des alertes intelligentes. Le territoire vise à unifier le suivi des 20 000 à 30 000 patients atteints de pathologies chroniques sur le bassin de 350 000 habitants.
À ce stade, le projet repose sur une phase pilote impliquant un nombre limité de patients. Les projections à l’échelle du bassin de population constituent des objectifs organisationnels à éprouver, notamment en matière d’impact sur les urgences et les hospitalisations non programmées. Un déploiement plus large est envisagé à partir de 2026, avec le soutien de l’ARS et du département, autour d’un centre de coordination intégrant infirmiers spécialisés et profils IPA.
Au-delà de la technologie
Si le GHT dispose aujourd’hui d’une maturité technologique élevée, les responsables soulignent le décalage avec la maturité organisationnelle. « Il faut de la techno, de l’organisation et de la formation pour réussir un projet », reconnaît Alexandre Benoît. L’accompagnement, la formation et la gouvernance demeurent des priorités à consolider.
« On investit beaucoup dans les outils, peu dans les ressources humaines qui œuvrent à la transformation », regrette Stéphane Kirche. Pour y remédier, l’établissement a structuré une cellule formation avec des référents dédiés. « Le passage des “early adopters” à une large communauté d’utilisateurs est toujours difficile », note-t-il. Un enjeu d’autant plus critique que « le cycle des connaissances en médecine est de cinq à sept ans », ce qui exige une formation continue et un accompagnement soutenu.
Les projets bénéficient du soutien de la direction générale et des instances médicales. Un comité de pilotage transverse associe médecins, direction des soins, ressources humaines et direction générale. L’ambition affichée est une transformation progressive et collective, fondée sur des usages concrets, une évaluation continue et une articulation étroite entre technologie, organisation et pratiques professionnelles.
HopeCare®, une plateforme de domomédecine éprouvée au Portugal
Déployée depuis une dizaine d’années au Portugal, la plateforme HopeCare® est utilisée pour le télésuivi, la télésurveillance et la téléréadaptation de patients atteints de pathologies chroniques. Elle agrège les données issues de dispositifs médicaux réglementés et d’objets connectés du quotidien pour générer des alertes à partir d’algorithmes de détection visant à limiter l’alarme fatigue.
Selon les retours d’expérience portugais, ce filtrage permet à une infirmière de suivre plusieurs centaines de patients, le médecin intervenant sur des situations préalablement qualifiées. Cette stratégie vise à sécuriser le parcours du patient chronique et à optimiser les ressources hospitalières en transformant la détection précoce en levier d’efficience et de qualité de vie. Ces résultats sont liés à une organisation spécifique et à un cadre réglementaire propre. Le GHT s’appuie sur ces enseignements dans une phase pilote locale afin d’évaluer les conditions de transposition du modèle avant tout déploiement à plus grande échelle.
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