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Les données de nos SIH auraient finalement un prix ?

Charles Blanc-Rolin , MERCREDI 11 OCTOBRE 2017 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

Il va falloir s’y habituer, les données de santé de nos patients ont bel et bien une valeur.

Vendredi dernier, la Ministre Belge de la Santé, démentait formellement le fait que 15 hôpitaux auraient peut être vendu les données de leurs patients à la firme américaine Quintiles IMS, spécialisée dans les études et le conseil pour l’industrie pharmaceutique.

Son discours au micro de RTL manque de clarté. Les hôpitaux auraient été directement contactés par la firme américaine qui souhaiterait leur acheter des informations relatives aux traitements des patients, mais également aux données de facturation des hôpitaux aux mutuelles. Ces données qui n’auraient « pas encore » été vendues, ne pourraient légalement être vendues, mais malgré tout, une réunion serait prévue afin de décider si ces données doivent être vendues ou non. Alors, vendues ? Pas vendues ? Pas à vendre ?

Le prix proposé par Quintiles IMS serait de 22€ / lit et par an.
Vous voyez, finalement tout à un prix, même les données de santé.
Amis Belges, ne vous faites pas avoir, ce n’est pas très cher payé, vous trouverez sans doutes de meilleurs acheteurs sur le « black market », et puis avec l’ascension fulgurante du cours du Bitcoin qui dépasse les 4000€ (source bitcoin.fr) à l’heure où j’écris ces lignes, il y a peut-être une belle opération à faire. 

Rappelez-vous la vente de près de 10 millions de dossiers patients dérobés à des établissements américains pour plus de 440 000€ dans une boutique du réseau TOR en juin 2016, ou encore les données de l’assurance maladie australienne en vente pour la somme de 22$ / patient. 

Oui, nos données ont une valeur et au-delà des « méchants hackers en sweet capche », des entités tels que les GAFAM, l’industrie pharmaceutique ou encore les banques et les assurances sont prêtes à mettre la main à la poche pour se payer des informations sur nous. L’open data santé ne suffira probablement pas à rassasier ces ogres de la donnée.

Pour se faire une idée de ce qu’un GAFAM est prêt à débourser pour nos données, prenons l’exemple du rachat du réseau social LinkedIn par Microsoft en juin 2016 : 60€ / utilisateur pour disposer de notre « curriculum vitae en ligne» et de notre réseau professionnel. Combien, selon vous seraient-ils prêts à mettre sur la table pour des données de santé ?

Quant au patient, il ne se fait même pas d’argent avec ses propres données, il les donne en échange d’applications « douteuses » téléchargées sur son smartphones, ou pire encore, se paye des objets connectés qui les aspirent et se les font parfois également aspirer par d’autres au passage…

J’ai bien peur que la remise à plat de tout notre système de santé arrive plus tôt qu’on ne le pense.
Problème réglementaire ? Les textes peuvent évoluer. Problème d’éthique ? Les mentalités elles aussi peuvent changer.

N’oublions pas que l’État Français ne se prive déjà pas pour céder des données à caractère personnel. Par exemple, lorsque vous enregistrez au RCS votre activité, quelques jours après, vous recevrez comme par magie des propositions commerciales de Google.

Professionnels de santé, professionnels du numérique, juristes, patients, faisons en sorte que nos données de santé ne devienne pas le business que certains espèrent.

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