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Les caleçons de l'éléphant

T.C, LUNDI 31 MARS 2014 Soyez le premier à réagirSoyez le premier à réagir

La nouvelle n'a curieusement pas fait beaucoup de bruit, à peine un filet dans les communiqués de presse de certaines revues, mais IBM vient de vendre sa division « serveurs x86 » à Lenovo, le groupe chinois auquel l'entreprise américaine avait déjà vendu sa division PC il y a plusieurs années déjà.

On nous annonce qu'IBM « poursuit sa restructuration vers les services », et se débarrasse de ses activités insuffisamment rentables. Traduction : un MBA yankee a sorti sa calculette ou son tableur Excel, a fait trois divisions et deux additions et en a conclu que la pompe à fric des serveurs ne vomissait pas assez de billets chaque année.

Mais qu'est-il arrivé à cette magnifique entreprise qui, rappelons-le, a presque tout inventé en informatique ? Le PC, c'est eux, mais il y a belle lurette qu'ils n'en sont plus les leaders et qu'ils n'en fabriquent plus. Les bases de données relationnelles, c'est aussi eux, mais à peine inventées ils se la font chiper par un obscur inconnu à l'époque qui monte sa propre entreprise : Larry Ellison, l'actuel PDG d'Oracle. Les anciens se souviendront peut-être d'OS/2, le système d'exploitation techniquement le plus avancé dans les années 1990, mais un échec commercial retentissant. Bref pendant des années, IBM a été la boîte qui inventait au profit de ses concurrents.

Et puis, passant près du gouffre financier, Lou Gerstner alors PDG de l'entreprise entreprend une migration massive vers les services en faisant, selon ses propres termes, « danser un éléphant ». Depuis, la société n'a cessé de vendre des activités jugées non rentables ou tout simplement celles où elle n'a pas vu venir le vent du changement : vente de son activité Token Ring au début des années 2000, quand Ethernet rasait le marché des réseaux locaux, vente de son activité de PC, puis celle des serveurs.

Le monde de la santé a été progressivement déserté par IBM, qui à sa grande époque assurait tout de même l'informatique d'environ la moitié des CHU. Aujourd'hui, à part l'AP-HP – et encore ! - aucun CHU n'intéresse Big Blue. La France représente environ 4% du CA mondial d'IMB et le monde de la santé à peine 10% du marché français : inutile de dire que, vu des US, les hôpitaux français n'ont même pas l'épaisseur du trait dans les charts.

 

La boutique est maintenant aussi inconsistante et insipide que de la barba-papa périmée. Avec une organisation matricielle à laquelle aucun client ne comprend grand-chose à ceci près que cela va être à lui de trouver le bon interlocuteur commercial, avec une morgue incroyable des hauts cadres de l'entreprise (certains affirment en effet que « chez IBM nous n'avons pas de concurrents, nous n'avons que des admirateurs » - c'est du vécu), avec une stratégie illisible (à part celle de répondre à toutes les demandes sans s'assurer de disposer des compétences), le machin a une odeur clairement désagréable. Anecdote amusante, dans le film « 2001 l’odyssée de l'espace », l'ordinateur fou se nomme HAL 9000. Si on permute les lettres de « HAL » d'un rang vers la droite dans l'alphabet, on obtient...IBM.

D'ici à ce qu'IBM se mette à vendre des caleçons – bleus bien entendu, pour peu que cela soit rentable – plus rien ne nous étonnerait.

chu